

Extrait du catalogue de la 4e biennale du GRAND-PRESSIGNY en Touraine - 2005
Texte de Bernard COURCOUL.
Il n'est pas rare que des céramistes bien engagés dans leur parcours artistique s’interrogent, de façon récurrente, sur l’orientation de leur travail au point de se disposer à le remettre foncièrement en question, pour mieux satisfaire les exigences latentes de leur personnalité. S’ils sont émailleurs, ne leur faudrait-il pas plutôt confier au feu seul tout le travail sur la matière de leurs céramiques ? S’ils sont adeptes des céramiques brutes, ne devraient-ils pas plutôt les revêtir de précieux émaillages ?… Pourquoi de tels dilemmes, si ce n’est parce qu’ils ont trait à l’engagement total que requiert du céramiste son activité potière pour atteindre à l’essence même du travail, à l’accomplissement de son destin d’artiste et à la nature de sa réelle participation à cet œuvre.
L’art sert-il à faire émerger la personnalité ? Sert-il à l’exprimer ? Ou est-il la médiation d’autres accomplissements ? Si Marie-Laure GUERRIER, céramiste vouée à la qualité de la céramique d’émail, semble échapper à ce syndrome du perpétuel questionnement, c’est sans doute parce qu’elle se représente que l’œuvre d’art n’existe en plénitude que par la mise en retrait de sa personnalité singulière, par l’abandon de toute voie d’exaltation personnelle, afin que puissent s’exprimer des forces qui la transcendent, dont elle n’est que l’agent et qui ont totalement besoin d’elle pour exister.
C’est pourquoi, avec opiniâtreté et application, elle s’est créé un langage céramique complexe de formes et de glaçures, langage qu’elle manie avec élégance et discrétion, dans une intimidante perfection.
Les céramiques de Marie-Laure GUERRIER surtout les porcelaines, se remarquent par la précision du tournage associé à une patience et parfaite maîtrise dans la concision des formes, par une ornementation méticuleuse faite de tableaux d’ajours sur les flancs de ses pots, par le profil aigu des couvercles, par les étirements réguliers des parois de certaines de ses coupes et enfin par la parfaite facture des glaçures, céladons lumineux et mats, noirs et blancs nacrés. Tout concourt à manifester une connivence avec la lumière : la lumière reçue, la lumière donnée. Une complicité naturelle qui fonde l’aventure créatrice.